Anne BRUNSWIC

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Valencia, 2 février, imprudences.

Laura veut savoir ce que j’écris seule dans la chambre. Elle m’interroge sur mes impressions au bout d’un mois de voyage. Je commets la bêtise de répondre avec franchise. J’ai le sentiment que les pauvres, les « humbles », sont en train de perdre les acquis du chavisme, les gosses sont scolarisés mais ils n’ont plus de profs, la distribution de cartons de nourriture a affaibli les initiatives locales, l’enthousiasme citoyen est érodé par un retour en force d’une bureaucratie autoritaire, incompétente et vermoulue. L.A. fronce les sourcils. Imprudemment, j’aborde la corruption et la violence chronique des forces de la police spéciale, sa complicité avec les dealers et les contrebandiers de gros calibre. Elle est outrée. Qui me l’a dit ? Est-ce que j’ai des preuves ? Tout le monde m’en a parlé, les chavistes de bonne foi comme les chauffeurs de taxi mais c’est vrai, je n’ai pas de preuves. Va-t-elle appeler Chucho dans la nuit ? Est-ce que je fais mes valises demain ?
Le lendemain, tout change. Dalia a été ravie de sa conversation avec moi. Nous nous remettons à parler littérature. Elle va me faire rencontrer Elisabeth, une grande amie en fauteuil roulant, une femme d’une activité bouillonnante. Elle insiste sur le fauteuil roulant, sur le fait qu’elle n’a pas pu être mère. Je m’arrange pour réaliser un entretien avec Elisabeth qui s’appelle en réalité Elisabel, à son domicile et pas chez Laura. Les témoins sont toujours parasites.