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Reportage à Téhéran, revue XXI n°34
Reportage pour la revue XXI : La porcelaine cassée de Téhéran
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La première rencontre avec Marjaneh Halati surprend. A la suite d’un échange de courriels, on a pris rendez-vous avec la fondatrice d’une institution charitable logée dans le centre de Téhéran. On laisse derrière soi le vacarme de l’avenue Valyasr, ses fast-foods et ses boutiques de vêtements bon marché. Juste après un grand cinéma dont les affiches promettent une bouffonnerie « made in Iran », on s’engage dans une rue résidentielle jusqu’au numéro 16, un petit immeuble des années 1970 de trois étages à la façade grise et aux fenêtres assez étroites.

Un concierge ouvre, invite à monter jusqu’au dernier étage. Aussitôt, on savoure l’air conditionné. Le long de l’escalier sont accrochés des travaux d’élèves, des toiles façon « action painting » à la qualité esthétique discutable. Au dernier palier, on franchit un vestibule couvert d’un grand tapis rose et l’on s’arrête devant la porte « Management ».

Marjaneh Halati vous gratifie du sourire le plus avenant. On marque un temps d’arrêt devant cette blonde longiligne, maquillée, parée et habillée avec un goût parfait, que l’on verrait bien directrice d’une galerie d’art ou d’une compagnie de danse : foulard rouge vif flottant au-dessus de mèches dorées, longue robe de lin blanc évasée à partir de la taille, des espadrilles rouges assorties au foulard.

« De la porcelaine cassée, sans valeur »

La manière très « fashion » dont cette femme respecte le code vestimentaire islamique en dit long sur son habileté à se faufiler entre les interdits. La voici virevoltant dans le bureau avec la légèreté d’une jeune première entre tasses de thé, gâteaux secs et tablettes électroniques. Seule sa voix grave, altérée par une longue fréquentation de la cigarette, laisse deviner son âge, une petite cinquantaine. L’anglais – qu’elle prononce avec une pointe d’accent américain – semble sa seconde langue maternelle.

Le panneau « Don’t disturb » sur sa porte n’impressionne pas grand monde. Une professeure d’anglais fait irruption dans le bureau, puis un metteur en scène de théâtre bientôt suvi du chef de l’équipe des psychologues et d’un électricien venu réparer le climatiseur. La directrice de la Fondation s’excuse : elle a juste le temps d’offrir du thé. Pour parler plus longuement, il faudra se retrouver à Londres où elle passe plusieurs mois par an : « Là nous aurons le temps et vous ferez la connaissance de mon mari. Farhad n’a jamais voulu remettre les pieds en Iran depuis 1979 mais il me soutient et m’aide énormément ».

Psycho-sociologue formée aux Etats-Unis, Marjaneh Halati a les pieds sur terre. « Tout ce que vous voyez ici est mon œuvre », déclare-t-elle sans fausse modestie. « Je ne voulais pas bricoler. Avant de me lancer, j’ai visité des dizaines d’orphelinats, de foyers pour mineures délinquantes, d’hôpitaux et de prisons. Je me suis rendue partout en Iran où l’on pouvait trouver des adolescentes en danger. »

La Fondation Omid-e-Mehr, « Espoir dans l’amour », a débuté il y a dix ans en prenant en charge une dizaine de jeunes filles. « A l’époque, rien n’existait pour aider les adolescentes victimes d’abus sexuels. Rien ! Elles étaient considérées comme des rebuts : de la porcelaine cassée sans valeur, une marchandise endommagée. Les milieux soi-disant “éclairés” étaient indifférents. Les plus riches veulent de la charité ‘‘glamour’’. Investir dans l’éducation des filles de la rue semblait une idée farfelue. Ma mère disait que c’était une folie. Personne ne m’a soutenue. Nous avons démarré, mon mari et moi, avec notre propre argent ».

Omid-e-Mehr accueille aujourd’hui deux-cents jeunes filles de 15 à 25 ans, la plupart en externat. La Fondation a grandi et s’est professionnalisée : bénévoles et occasionnels inclus, elle compte près de cent collaborateurs. L’atmosphère reste familiale. « Ça coûterait moins cher de se faire livrer des repas mais nous faisons la cuisine nous-mêmes. C’est important qu’on se sente ici comme à la maison, avec les odeurs d’oignon et d’épices. Et puis les filles participent, chacune met la main à la pâte ».

Suite à lire dans la revue XXI, n°34

http://www.revue21.fr/tous_les_numeros#n-34_la-porcelaine-cassee-de-teheran

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