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Réfugiés
Des hot-spots en Libye ? Une riche idée.
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Le 1er août 2017

Le 27 juillet, Macron annonce des hot-spots en Libye. Oups, la Libye n’est pas un pays sûr – c’est le moins qu’on puisse dire –en attendant, ce sera peut-être au Tchad ou au Niger. Mais les négociations vont bon train avec les chefs de guerre libyens. En substance : "Tâchez d’avoir l’air d’un « pays sûr » et l’Union Européenne déboursera quelques milliards pour assurer notre tranquillité." Combien d’Erdogan en perspective ?

L’OFPRA (Office français des réfugiés et apatrides), qui dispose d’un seul centre d’examen des demandes d’asile à Fontenay-sous-Bois (Val de Marne), est donc censé à moyens constants créer des hot-spots quelque part au nord de l’Afrique. Ils filtreront ceux « qui n’ont pas vocation à ... » avant qu’ils ne franchissent la Méditerranée au péril de leur vie. L’argument humanitaire se double de considérations stratégiques : le trafic des passeurs enrichit des mafias qui soutiennent les djihadistes. Bel et beau mais en clair, il s’agit de déplacer les frontières de l’Europe au sud de la Méditerranée. Les Britanniques ont montré l’exemple à Calais grâce aux accords du Touquet signés par un certain Sarkozy.

Comment ceux qui sont reconnus éligibles rejoindront l’Europe ? Mystère. Quelles garanties pour ceux qui auront été jugés inéligibles et que la police de leur pays châtiera comme ils le méritent pour avoir souillé l’honneur de la nation ? Mystère.

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Cher président Débi, je sais que la France a toujours pu compter sur vous.

Sauf que...les migrant.e.s dont j’ai accompagné depuis quatre ans les démarches auprès de l’OFPRA (avec la Cimade) ont pour la plupart quitté leur pays du jour au lendemain au péril de leur vie. Les 4 000 noyés en Méditerranée ne pèsent pas lourd à côté des milliers mort.e.s dans la traversée du Sahel, dans le franchissement des frontières de l’Érythrée et du Soudan, dans le voyage à pied depuis l’Afghanistan à travers les montagnes iraniennes. Au lieu de s’entasser sous nos yeux porte de La Chapelle (vous imaginez l’effet pendant les J.O. ?), ils vont tranquillement faire la queue pendant des mois en plein désert, sans aucune ressource et à la merci de leurs persécuteurs. Merci pour les considérations humanitaires.

Sauf que... l’idée de renvoyer ces indésirables chez eux, quand elle n’est pas criminelle (les renvoyer dans la gueule du loup) est au minimum farfelue. On rencontre à Calais des Afghans réexpédiés à Kaboul par le Royaume-Uni qui ont refait le périple. On n’arrache pas si aisément l’espérance du cœur des hommes. L’expérience des camps de concentration l’a démontré.

Sauf que... la France n’accueille pas les réfugiés comme l’affirme notre président au nom d’on ne sait quelle « tradition d’accueil » (il est même arrivé à la France de les expédier via Drancy dans les camps de la mort). La France est signataire au côté de beaucoup d’autres pays de la Convention de Genève (1951) qui lui fait obligation d’accorder une protection internationale (statut de réfugié ou protection subsidiaire) aux personnes menacées de mort ou de détention en raison de leur race (ethnie), de leur religion, de leur engagement politique. A quoi l’on a ajouté plus récemment les fillettes menacées d’excision et les personnes persécutées en raison de leur orientation sexuelle. Il ne s’agit pas de générosité, d’humanisme... mais de l’application d’un droit fixé par une convention internationale. Trêve de discours sur « la patrie des droits de l’homme ».

Le bénéficiaire d’une protection internationale a le droit de faire venir son épouse (époux) et ses enfants au nom du droit inaliénable de maintenir l’unité des familles. Ici encore, pas de générosité mais l’application du droit international.

Sauf que... le demandeur d’asile, en cas de rejet par l’administration (OFPRA) a le droit de déposer un recours devant la justice, en l’occurrence la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) sise à Montreuil (Seine Saint-Denis) où il a droit à un avocat. Il a également droit, à toutes les étapes de ses démarches, à un interprète dans sa langue maternelle (ourdou, pachto, tigrigna, bambara...) ou à défaut dans une langue qu’il comprend. Qu’on nous explique comment ces garanties de droit auxquelles la France s’est engagée en signant la Convention de Genève (toujours valide à ce jour) peuvent être assurées dans un hot-spot situé en Libye ou ailleurs.

La France et l’Union européenne, temples des droits de l’homme, s’asseyent ouvertement dessus. Et subventionnent de bon cœur des tyrans locaux qu’on accusera par la suite d’être odieusement corrompus, la corruption favorisant inévitablement le sous-développement, les milices armées, le djihadisme... Vive le cercle vertueux ! On en est à regretter Kadhafi qui faisait proprement le garde chiourme.

« Oui mais, les réfugiés économiques ? » objectera-t-on. A quoi reconnaît-on un réfugié économique ? En premier lieu à son niveau d’instruction et à son statut social dans son pays d’origine, accessoirement à son âge. S’il bénéficie d’une position confortable, on conclut qu’il ne fuit pas la misère. S’il a le tort d’être un berger illettré, un petit commerçant racketté par des milices (islamistes, gouvernementales...) ou un jeune menacé d’être enrôlé de force par ces mêmes milices, il n’a quasiment aucune chance. Il ne saura même pas plaider sa cause. Qu’il vive dans une zone de guerre, de non-droit, une zone où une violence endémique sévit, privant les jeunes de la moindre perspective d’avenir, l’Europe n’en a cure.

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Eurêka, j’ai trouvé une solution pérenne à la crise des réfugiés

Des ressortissants de l’ex-AOF (Afrique occidentale française) frappent à notre porte. Souvent, outre deux ou trois langues locales, ils parlent français, suivent les match de foot sur RFI ou Canal 3 Monde . De quel droit ces va-nu-pieds s’établiraient-ils en France plutôt qu’en Italie ou en Norvège ?
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Bêtise ou démagogie ? Les discours et les pratiques du nouveau président ne valent pas mieux que ceux des précédents. Inexpérience, ignorance ? On peut faire confiance au directeur de l’OFPRA et aux ONG pour avoir éclairé la lanterne du nouveau président et de son sympathique ministre de l’Intérieur. Donc démagogie et cynisme éhontés.



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